mercredi 15 juillet 2009

La poule qu'elle boive trop ou peu, lève toujours son bec vers le ciel (proverbe africain). Il est temps de lever nos têtes!






Un des faits qui vous marque quand vous êtes en Afrique (dans les villages - et tout mon texte fait allusion à l'Afrique des villages et non aux grandes cités -) ou quand vous y allez est celui de voir que les choses n'ont presque pas changé, la vie est la même: on se réveille le matin, on va aux champs ou à la pêche; le soir on rentre fatigué des durs travaux faits à la main et l'on dort. Le matin, on répart....

Dans l'Afrique des villages, la saison sèche est faite pour faire des provisions, défricher des champs tandis que la saison pluvieuse est considérée comme la saison où l'on vit des produits de la saison sèche. Perdre la saison sèche signifie pour notre peuple souffrir pendant toute la saison pluvieuse.

Dans l'Afrique des villages, le soir c'est l'obscurité totale et l'on voit des milliers des lampes- tempêtes ou des bougies allumées pour faire éclairage dans les maisons; au village, vous verrez toujours les jeunes filles qui rentrent des fontaines avec des seaux ou des bidons sur la tête.

Dans l'Afrique des villages, ce sont les mêmes cris de détresse: pas de sel, plus d'aspirine et des vermifuges dans l'unique dispensaire du village, plus de savons dans les boutiques... Quand un bateau ou un véhicule arrive de Kinshasa, c'est l'occasion pour s'approvisionner en bien des premières nécessités.

La vie pour notre peuple devient dès lors un cercle vicieux, l'on est toujours au "rond point"( toza na rond point, a chanté un musicien congolais) sans une voie d'issue ou de sortie. Notre peuple ainsi condamné à la survie n'a plus de temps pour réfléchir à d'autres perspectives de vie. Né dans ces conditions et sans trop de contact avec le monde extérieur, il pense que c'est ainsi qu'est faite la vie. En effet, dire à un villageois qu'il peut organiser ou gagner sa vie sans ce rythme quotidien est une illusion pour lui. Expliquer à un vieux du village que l'on peut avoir de l'eau ou de l'électricité à la portée des mains semble être un mythe.

Devant ce tableau sombre et inquiétant, il faut sérieusement réfléchir. Nous ne pouvons pas abandonner notre peuple, il nous faut tous nous asseoir et bien réfléchir pour lui indiquer "quel virage " il doit prendre pour sortir du "rond point" et cela est possible! C'est révoltant d'entendre de notre peuple ces paroles: tobandi kozela se liwa ( "nous n'attendons plus que la mort"). On ne vit pas pour attendre la mort!

Pour cela, il nous faut nous laisser vaincre par notre foi chrétienne: Jésus est venu nous libérer dans notre corps et dans notre âme. L'enseignement de l'Eglise à ce propos ( la doctrine sociale de l'Eglise) est on ne peut plus clair. Il nous faut retrouver la boussole, maintenir haut le moral de notre peuple ( le message chrétien est une bonne nouvelle), avoir un sursaut d'orgueil, un peu de sens d'honneur; il nous faut oser, inventer, proposer des initiatives et surtout croire et faire croire que les choses peuvent changer et ne pas s'abattre dans les éternelles plaintes qui ne changeront certainement pas le sort de notre peuple. La crise a un aspect positif: il vous aide à réfléchir sur les raisons qui l'ont provoquée et sur les modalitès d'en sortir.

Nous sommes donc condamnés à offrir à notre peuple d'autres alternatives de vie ( donnez-leur vous-mêmes à manger avait dit Jésus aux apôtres) et l'impliquer dans ce qui doit être fait. Ce n'est pas possible ( même si la première responsabilité revient à ceux qui ont la charge de la chose publique; aux grands maux il faut des grands moyens, dit-on) que le peuple soit abandonné à lui -même et vive dans ces conditions. Notre foi à la victoire du Christ sur les structures du mal et du péché pousse à affirmer que l' on peut donc faire mieux, alléger la souffrance de notre peuple en cherchant comment l'aider à promouvoir le bien sans laisser infiltrer le mal. En une parole, nous avons la mission de détruire les racines de tout ce qui rend l'homme esclave.
Ne rien faire n'est pas une option dans la vie. Penser que ce sont les autres qui pourront changer cette situation est une fuite de responsabilité. Chacun, à un niveau différent, est appelé à porter sa pierre de contribution. Le chemin à parcourir est long. Un chacun a sa place.
Nous ne pouvons pas nous fatiguer de penser à cette situation de notre peuple, c'est une réalité qu fait désormais partie de nous ( qu'as-tu fait de ton frère, avait demandé le Seigneur à Caïn dans le livre de la Gènèse). Un autre proverbe africain ne dit-il pas que le chien qui habite le bord du ruisseau ne se fatigue pas de broyer les arrêtes des poissons!
La sagesse de nos ancêtres peut aussi nous aider à assumer notre histoire, à bénir notre terre et à répartir.

C'est dire, en d'autres mots, avec Mbu Mputu Norbet ( cfr son livre Les grénouilles incirconcis, lettre à un neveu de Mputu ville, newport, 2008, p.99):
" il est temps pour nous de faire la différence, de penser différemment, de gérer différemment, d'agir différemment. Mais nous ne pouvons le faire seul (...). C'est le temps où, tous main dans la main, nous allons et devons avancer, nos regards tournés vers notre futur".

Enfin, méditons cet autre proverbe africain qui dit: "si quelqu'un t'a mordu, il te rapelle que tu as des dents".
Mutatis mutandis, pris positivement: si les autres sont allés de l'avant et nous émerveillent, ils nous rapellent que tous nous avons aussi "des dents".

Il faut y croire. Le monde est le jardin de Dieu, il doit donc être béni et sanctifié. La gloire de Dieu est l'homme vivant, affirme St Irenée.

Photos: dans l'Afrique des villages, abandonné, la vie de notre peuple: l'on va aux champs... rater la saison sèche est souffrir tout le temps de la saison pluvieuse.... nos jeunes filles sont-elles là pour mener toujours ce genre de vie?
Pour les réactions, propositions ou rémarques à cet article, écrire à: mumpebomwi@yahoo.fr

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